Lancina KI : « Les projets PPP bien négociés constituent des enjeux très importants pour le développement économique et social de nos Etats »

Lancina KI est le Directeur de l’Industrie et de la Promotion du Secteur Privé à la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine. Il occupe également les fonctions de Coordonnateur du Groupe de travail mis en place par l’institution pour la promotion des PPP dans l’UEMOA Avant de rejoindre la Commission de l’UEMOA en 2009, Monsieur Lancina KI a été Directeur Général de la Promotion du Secteur Privé au Ministère du Commerce, de la Promotion de l’Entreprise et de l’Artisanat du Burkina Faso.

PPP From Africa : En 2012, les chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UEMOA ont instruit les institutions communautaires de promouvoir les PPP et de créer une unité PPP au sein de la Banque Ouest Africaine de Développement. Quel est le niveau d’avancement de ces orientations ?

Lancina KI : Il faut tout d’abord rappeler le contexte pour mieux comprendre l’importance de l’intérêt des Etats membres de l’UEMOA pour le développement des PPP. A ce sujet, il faut noter que le contexte est marqué par :

  • Des ressources financières des Etats limitées et un recul de l’aide publique au développement entrainant un gap de financement d’investissements, notamment en infrastructures pour lesquelles les besoins des populations sont importants ;
  • Des difficultés à satisfaire ces besoins d’investissement par les pouvoirs publics seuls, sans compromettre leurs équilibres financiers déjà fragiles et sans alourdir la dette publique.

C’est principalement fort de ce constat et en vue de répondre aux besoins de financement des économies que la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union a donné aux Institutions communautaires cette orientation que vous avez précédemment rappelée. Il s’agira essentiellement de veiller à :

  • Pallier l’insuffisance des infrastructures nécessaires au développement par une mobilisation rapide des financements privés ;
  • Offrir plus de garanties aux investisseurs privés, par une réglementation communautaire sécurisante ;
  • Assurer un meilleur ancrage des politiques nationales en matière de PPP dans une vision communautaire ;
  • Affirmer la place du secteur privé dans la construction de l’intégration régionale en lui offrant les opportunités d’investir aux côtés des pouvoirs publics.

Pour atteindre ces objectifs, la Commission de l’UEMOA, en collaboration avec les autres institutions communautaires, a lancé une étude pour l’élaboration d’une stratégie et d’un dispositif institutionnel et réglementaire pour la promotion des PPP dans notre espace économique. Afin de suivre de près l’évolution de l’étude et de mener en parallèle des réflexions sur le sujet, la Commission de l’UEMOA a mis en place un Groupe de travail, dénommé le GT-PPP, qui est chargé de rester à l’écoute de toutes les parties impliquées dans le processus pour essayer de concilier les différentes positions, le sujet étant, je le rappelle, assez complexe.

A la date d’aujourd’hui, les projets de stratégie et de texte communautaire ont été examinés par les experts sectoriels des Etats membres. Ils seront soumis prochainement aux instances de la Commission de l’UEMOA avant l’étape des Ministres sectoriels puis statutaires. Il convient de signaler que ce processus a été participatif, au regard des enjeux et de la sensibilité des questions liées aux PPP. Au niveau institutionnel, les Institutions et Organes compétents de l’Union, la Commission de la CEDEAO, l’OHADA ainsi que les principaux Partenaires Techniques et Financiers ont été associés, pour s’assurer de la prise en compte de l’ensemble des dimensions liées au développement des PPP.

PPP From Africa : Quels sont les secteurs prioritaires pour la mise en œuvre des projets PPP au sein de l’UEMOA ?

L.K. : Au regard de la situation des Etats membres, on peut relever aisément que les domaines les plus concernés sont les infrastructures, notamment économiques et sociales, sans oublier celles relatives aux filières agricoles. Pour les infrastructures économiques, on peut citer particulièrement les routes, les transports, l’énergie, l’eau, l’environnement et les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Pour les infrastructures sociales, on peut citer notamment celles relatives à la santé et à l’éducation. Vous noterez également que c’est essentiellement autour de ces grands domaines que sont élaborés les projets intégrateurs, dans le cadre du Programme Economique Régional (PER) de l’UEMOA.

Bien entendu, il n’est pas question pour la Commission d’imposer un ordre de priorité aux Etats en matière de PPP. Cela relève des plans nationaux de développement.

PPP From Africa : L’une des missions de l’UEMOA est « d’harmoniser, dans la mesure nécessaire au bon fonctionnement du marché commun, les législations des Etats membres et particulièrement le régime de la fiscalité. » L’intégration économique entre les pays de l’UEMOA est-elle une réalité ?

L.K. : Sans trop m’étaler sur ce point, je dirai simplement que la Commission de l’UEMOA a entrepris beaucoup de réformes, particulièrement en matière de finances publiques et de politiques économiques. Ces réformes sont bien suivies à travers un mécanisme de revue annuelle. Le texte communautaire sur les PPP qui est en préparation, s’il est adopté, viendra tracer les grandes orientations que les législations nationales se doivent de suivre. L’intégration économique est bien en marche. L’UEMOA est incontestablement aujourd’hui l’une des Institutions d’intégration régionale les plus réussies.

PPP From Africa : Quelles sont vos prédictions pour les PPP au sein de l’UEMOA et de l’Afrique en général ?

L.K. : Je pense que le besoin de réalisation de projets en PPP est fort dans tous les Etats membres, au regard de la forte attente des populations, surtout en matière d’infrastructures. Vu sous cet angle, il faut voir les PPP avec optimisme. Je dirai plus simplement que les projets PPP bien négociés et mis en œuvre dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant constituent des enjeux très importants pour le développement économique et social de nos Etats. Bien entendu, on ne peut pas occulter les inquiétudes de certains qui mettent en avant les inconvénients de certains projets PPP mal négociés et mal exécutés. Ces inquiétudes dénotent de la mauvaise image trop souvent donnée au PPP, mais assurément de la non-maîtrise du concept en tant que tel, tant il est complexe. C’est pourquoi, le renforcement des capacités des Etats membres fait partie des actions que la Commission de l’UEMOA envisage de conduire avec l’appui des Partenaires Techniques et Financiers. Faisons confiance aux Autorités des Etats dans la conduite et le suivi de l’exécution des projets.

Les Etats doivent recourir à des expertises bien confirmées pour tirer meilleure partie du montage et des négociations des projets PPP.

Propos recueillis par Benjamin OMBE, Journaliste